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Innovations

Toyota : promouvoir, développer et généraliser l’hydrogène

Leader mondial dans la production de véhicules hybrides, Toyota est aux avant-postes en matière d’hydrogène. Dans cette interview exclusive, réalisée le 16 mars 2017, son Vice-Président Exécutif dévoile la stratégie du groupe japonais pour prendre le virage de la mobilité durable et décarbonée.

Avec douze autres leaders internationaux, Toyota a lancé, en janvier 2017, le Conseil de l’Hydrogène. Quelle est votre feuille de route ?

Didier Leroy : Notre Chairman, Uchiyamada-San, nous représentait à Davos. Avec treize grandes entreprises de l’énergie, du transport et de l’industrie, comme Air Liquide, très grand producteur d’hydrogène, Toyota a constitué une association de grands groupes convaincus que l’hydrogène peut contribuer à l’amélioration de la protection de la planète dans la continuité de la COP21.

Nous voulons encourager le leadership responsable et une nouvelle société dans laquelle nous avons un beaucoup plus grand respect de l’environnement. L’hydrogène a d’énormes avantages comme la facilité de stocker l’énergie. Nous savons aujourd’hui produire de l’hydrogène vert sans émission de CO2. Aussi, voulons-nous unir nos forces pour promouvoir, développer et généraliser ce vecteur énergétique dans le futur mix énergétique global.

La société civile japonaise s’est en outre déjà orientée vers une société hydrogène. Une voiture à pile à combustible peut alimenter une maison plusieurs jours en cas de rupture d’électricité. De même, si la lutte contre le dérèglement climatique se fait sur le long-terme, le travail sur la qualité de l’air a un effet direct dès aujourd’hui. Nous nous assurons donc que les gouvernements, les industriels et le public aient une bonne conscience de ces enjeux et de l’importance de développer l’infrastructure nécessaire.

Plus de 2/3 des véhicules du groupe Toyota commercialisés en Europe y sont produits. Une politique de localisation permet-elle de mieux répondre aux exigences de la clientèle, aujourd’hui ?

D. L. : Nous ne pouvons réussir au niveau mondial qu’en apportant une contribution au développement local. C’est à la fois notre stratégie et notre devoir. En 2016, nous avons ainsi vendu 928 500 voitures en Europe, dont plus de 2/3 produites localement. Le succès à long-terme passe aussi par cette contribution à la société civile européenne.
Autre élément important : notre capacité à répondre aux attentes des clients. Vous y répondez d’autant mieux quand vous vivez au cœur du marché pour ressentir les choses, avoir la bonne information au bon moment et anticiper les besoins. Par exemple quand nous avons développé Lexus, avant de l’introduire aux États-Unis, nous avons envoyé une équipe d’ingénieurs vivre sur place pendant des mois pour comprendre ce dont avait besoin une famille américaine.

L’usine de Valenciennes, que je connais bien, a été construite à un moment (en 1998) où tout le monde disait que c’était impossible de produire en France. Or, nous l’avons fait ! Nous avons repris les valeurs de base de Toyota d’un côté, regardé les insatisfactions voire les mécontentements vis-à-vis du management de l’autre, et nous avons travaillé pour concilier ces deux éléments afin d’obtenir une meilleure organisation et un mode de management très différent… et la première voiture est sortie le 31 décembre 2001 ! Aujourd’hui, la Yaris est la voiture la plus produite en France et détient le label Origine France Garantie. Cet ancrage local fait notre fierté ! Notre engagement initial était de créer 2 000 emplois permanents. Aujourd’hui, nous en avons environ 4 000, sans compter les emplois chez les fournisseurs français et européens. Plus de 80 % de la valeur de nos achats proviennent de l’Europe.

Toyota vient de franchir le cap des 10,5 millions d’hybrides vendues dans le monde. Comment voyez-vous l’évolution des motorisations à l’horizon 2050 ?

D. L. : Actuellement, nous sommes sur une trajectoire de
1,4 million d’hybrides vendues par an.
À la fin 2015, notre Chairman a présenté notre Challenge Environnemental 2050 avec 6 objectifs principaux. Nous voulons, en priorité, contribuer à une logique de zéro émission (voitures, usines…) et aussi de protection de la planète, sur l’ensemble du cycle de vie d’un
véhicule.

Quand nous avons démarré les
technologies hybrides en 1997, nous étions regardés avec soupçon. Que n’entendions-nous pas en Europe sur le ton de la blague ! Or, à ce jour nous en avons vendu plus de 10,5 millions !
À échéance 2050, nous aurons de l’hybride, de l’hybride rechargeable, de la pile à combustible et de
l’électrique.

Des chariots élévateurs roulent déjà à l’hydrogène dans les entrepôts, tandis que Toyota commercialise des bus à hydrogène dès cette année. La pile à combustible est-elle l’avenir d’un large spectre de types de véhicules utilitaires ?

D. L. : Aujourd’hui, cette technologie est encore relativement chère mais elle va se démocratiser. Une Miraï coûte 66 000 € en moyenne. En 2016, nous en avons vendu 1 150 au Japon,
1 500 aux États-Unis et 101 en Europe. Nous sommes prêts, nous maîtrisons la technologie et nous savons l’appliquer sur des véhicules commerciaux et particuliers.

Plus l’infrastructure se déploiera, plus nous pourrons augmenter la production. À l’exception du Royaume-Uni, de l’Allemagne et de certains pays nordiques, le réseau n’existe encore que très peu en Europe. La France a encore du mal à démarrer. Or, l’infrastructure d’hydrogène n’est pas très compliquée à mettre en place. Nous pourrions avoir à terme le même type de réseau que celui des stations essence actuelles. Nous ne demandons pas de privilégier l’hydrogène, mais il ne faudrait pas non plus que les gouvernements tombent dans le phénomène inverse par protectionnisme. Notre objectif est ainsi de produire 30 000 Miraï par an à horizon 2020.

Monter ainsi en production et rendre le processus industriel permettront ensuite de la déployer sur l’ensemble de la planète et de contribuer à l’amélioration de la qualité de l’air. Nous voulons devenir les leaders de la pile à combustible, comme nous l’avons fait avec la technologie hybride.

Didier Leroy, Toyota, voiture hydrogène, japon, industrie, usine, HydrogeniumDidier Leroy est Vice-Président Exécutif de Toyota Motor Corporation

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