Territoires

Colonel David Sarrazin : « Finies les nuisances sonores et bienvenue à la protection de l’environnement »

La sécurité des véhicules à hydrogène, ce sont les soldats du feu qui en parlent le mieux. Depuis 2014, les sapeurs-pompiers de la Manche possèdent deux véhicules électriques à prolongateur par hydrogène. Autonomie, confort, économie et gain de temps, le colonel David Sarrazin, directeur adjoint du SDIS 50, en témoigne pour Hydrogenium.

Certains de vos véhicules d’intervention roulent à l’hydrogène. En quoi vous permettent-ils d’intervenir sur la majorité des opérations ?

Colonel David Sarrazin : Aujourd’hui, nous possédons, en effet, dans notre parc, deux véhicules électriques à prolongateur par hydrogène, grâce à la démarche pro-active du conseil départemental en la matière. L’hydrogène y est employé comme méthode pour recharger les batteries et donc comme solution de stockage de l’énergie. Nos deux véhicules sont utilisés sur des opérations diverses - fuites d’eau, reconnaissances diverses, chute d’un arbre sur la chaussée - liées au format des véhicules utilitaires. Nos Kangoo sont aussi rapides et maniables que d’autres véhicules et conviennent parfaitement pour une flotte captive comme la nôtre : nous partons en mission puis nous revenons à la base. Au contraire des ambulances qui ne s’accommodent pas encore de cette technologie, il nous arrive parfois d’agir sur des urgences relatives et même parfois en secours d’urgence, mais nous ne pouvons pas transporter les victimes. Aussi, n’avons-nous aucune restriction et pouvons-nous couvrir un large spectre d’usages.

Êtes-vous satisfait au niveau de la sécurité de ces véhicules et celle-ci demande-t-elle une formation spéciale ?

C. D. S. : Le niveau de sécurité est tout à fait satisfaisant car l’énergie est maîtrisée. La sécurité du véhicule est même redondante dès sa conception : la structure du réservoir est renforcée, le moteur est coupé en cas de fuite détectée par le véhicule, et un système de ventilation se fait en bas et en haut. Le réservoir est également doté d’un thermofusible qui se déclenche en cas de feu et qui agit comme un système de décompression immédiat pour éviter tout risque d’éclatement du réservoir. Concernant la formation, nous n’avons pas de code de conduite spécifique car le véhicule s’utilise comme un véhicule traditionnel. C’est vraiment transparent pour le conducteur. Néanmoins, étant un service départemental d’incendie et de secours, nous nous intéressons à l’hydrogène et croisons notre regard avec tous les véhicules à hydrogène. Nous sommes ainsi formés à l’extinction de tous les risques imputables à l’hydrogène. De même, l’école nationale des officiers de sapeurs-pompiers est à la pointe sur cette thématique. Idem avec le conseil départemental de la Manche qui possède une flotte importante mais depuis 2014, nous n’avons recensé aucun incident. Néanmoins, notre métier consiste à nous préparer pour faire face à l’imprévisible ou aux situations très improbables.

Quels en sont les avantages en termes d’autonomie, d’économie et de gain de temps ?

C. D. S. : Il n’y a pas de différences en termes de gain de temps. Quant à l’autonomie, nous pouvons faire entre 200 et 240 kilomètres, ce qui est tout à fait compatible dans le cadre de nos flottes captives, comme tous les services publics de proximité, qui rayonnent sur le territoire. Une mission couvre, en moyenne, entre 40 et 60 kilomètres, soit 1/5 voire ¼ de l’autonomie. Le véhicule y répond donc largement ! Quand nous sommes en intervention, l’hydrogène recharge si besoin la pile à combustible en produisant de l’électricité, mais le plus souvent, c’est au-dessus de nos besoins, car nous consommons seulement entre 25 et 30 % du stock. Quand nous rentrons, nous rebranchons le véhicule sur le secteur. La prise est alimentée par un réseau classique de 220 Volts et ne nécessite pas d’installation particulière. Au plan économique, nous n’achetons pas directement l’hydrogène, dans le cadre de notre convention partenariale avec le conseil départemental. La maintenance est en outre proche de zéro, que ce soit en termes d’entretien (ni vidange, ni filtres…) ou de motorisation. N’oublions pas le confort qui est unanimement reconnu ! Le véhicule électrique à hydrogène offre une bonne souplesse de conduite, une excellente tenue de route et surtout une reprise tonique. Avec ces performances, c’est un vrai plaisir que de le conduire.

À échéance 2018, l’ensemble de vos véhicules devrait circuler avec la pile à combustible. Qu’est-ce que ça va changer pour vous ?

C. D. S. : Cette échéance est très courte. Or, au vu de la taille de la flotte et du temps d’amortissement des engins (entre dix et vingt ans), c’est irréaliste. En outre, financièrement, cela ne serait pas tenable. Nous sommes sur des technologies qui s’introduisent progressivement dans les parcs. De plus, les prix demeurent encore élevés. Sans parler des engins incendies et ambulances qui n’existent pas encore sur le marché ! Le réseau de distribution est par ailleurs trop maigre. Si nous devons procéder à l’évacuation d’une victime sur une longue distance, comment fera-t-on ? Nous ne pourrons que convertir progressivement ces flottes de véhicules lissés. C’est une affaire de gestion de l’établissement, d’évolution des normes des engins de secours et de volonté. Bien sûr, cela s’accommoderait bien avec notre travail. Finies les nuisances sonores et bienvenue à la protection de l’environnement.

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Colonel David Sarrazin est Directeur adjoint du service départemental d’incendie et de secours (SDIS) de la Manche

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