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R&D et institutions

Bruno Mansuy : la Bretagne, un territoire propice au développement des EnR

Bruno Mansuy préside ERH2-Bretagne, une association soutenant les projets hydrogène vert en Bretagne. La péninsule bretonne offre en effet de nombreuses opportunités afin de développer le stockage et la production d’énergies renouvelables.

Pouvez-vous nous présenter ERH2-Bretagne  ?

Bruno Mansuy : ERH2-Bretagne est une association d’experts de différents horizons, d’entreprises et d’industriels issus de Bretagne mais aussi de différents États membres de l’UE. Créée en 2009 en même temps que l’AFHYPAC, l’association de la filière industrielle nationale, ERH2-Bretagne œuvre comme relais de celle-ci pour informer les politiques, les organismes régionaux et départementaux, les entreprises, les industriels, les établissements d’enseignements des opportunités de l’hydrogène et des piles à combustibles, axées sur trois domaines d’application : le stockage de l’énergie en général et des énergies renouvelables en particulier, l’utilisation du vecteur hydrogène pour le transport de l’énergie par gazoduc en alternative au transport d’électricité, « les transports électriques à pile à combustible pour les véhicules spéciaux, les voitures, les bus, les bateaux, les trains, les véhicules agricoles... Depuis sa création, ERH2-Bretagne  a organisé la première conférence bretonne de l’hydrogène  en 2012. Nous avons rencontré la plupart des acteurs politiques bretons en essayant de promouvoir le développement de l’hydrogène dans le cadre des énergies renouvelables. Nous avons rassemblé, sur notre observatoire de veille technologique, économique et réglementaire (http://erh2-bretagne.strikingly.com/), les études majeures en lien avec le sujet. Nous mettons en lien différents acteurs économiques locaux, régionaux, nationaux, européens et mondiaux entre clients-fournisseurs-recherche et développement, autour de projets industriels, et participons à l’élaboration de plans de développement de quelques-uns de nos adhérents. Nous avons participé aux projets d’Energy Observer, de l’association Eco Solar Breizh avec le projet HX², de la communauté de commune du Pays de la Roche aux fées, et du syndicat départemental de l’énergie du Morbihan.

Quels sont les atouts d’un territoire tel que la Bretagne pour la filière hydrogène ?

B. M. : La Bretagne a des atouts dans les domaines de la recherche et de l’innovation, en termes de ressources énergétiques, et de demandes potentielles. Les différentes universités bretonnes possèdent des chercheurs impliqués dans l’hydrogène, que ce soit sur la conception d’électrolyseurs innovants, de production directe d’hydrogène à partir de panneaux solaires, ou avec des algues marines. En plus de son potentiel d’énergie renouvelable terrestre (vent, soleil, biomasse), la Bretagne possède une des plus grandes surfaces maritimes de France, elle se positionne sur la production d’énergies marines, et dispose d’un potentiel en production d’hydrogène vert, qui répondra à divers besoins (mobilité, chauffage, électricité spécifique) et permettra de constituer des unités de stockage décentralisé. L’industrie bretonne est essentiellement agroalimentaire et le potentiel de production d’hydrogène et d’utilisation de celui-ci dans les véhicules agricoles et dans le transport de marchandises est énorme. La production locale d’énergie et d’hydrogène à travers des réseaux énergétiques intelligents doit devenir la norme afin de sécuriser l’approvisionnement de la région pour les besoins locaux d’électricité, de chaleur et de carburant pour les véhicules.

Qu’est-ce que l’hydrogène peut apporter à la Bretagne ?

B. M. : La Bretagne est une péninsule énergétique, elle importe 89 % de l’énergie qu’elle consomme. La majeure partie de l’électricité produite en Bretagne vient de l’usine marémotrice de la Rance qui exploite l’énergie des marées. Il est donc urgent de développer la production d’énergie sur notre territoire et cela passera par le déploiement massif des énergies renouvelables. Cependant celles-ci sont intermittentes et demandent de pouvoir être stockées en grande quantité. L’hydrogène est la meilleure solution, notamment pour les parcs éoliens en mer et au large qui peuvent produire beaucoup d’énergie, mais pas nécessairement au moment où elle est consommée. Cette vision est en résonance avec celle du commissaire européen au climat et de l’énergie, Miguel Arias Cañete,  avec la feuille de route stratégie énergétique européenne 2050. Selon l’UE, en 2050, nous aurons complètement décarboné l’Union européenne : il ne sera pas possible de présenter le GNV comme un combustible propre au-delà de 2030 si l’on ne parvient pas à capturer et à stocker le carbone à grande échelle, le rôle du gaz ne sera plus le même, seuls les e-gaz, P2X et l’hydrogène resteront présents.

Lire aussi : « Accélérons ! » la transition écologique grâce à l’hydrogène : les élus des territoires répondent présents

Quels sont les projets concrets impliquant l’hydrogène, en Bretagne ?

B. M. : En Bretagne, plusieurs projets sont en cours, le Syndicat Départemental de l’Energie du Morbihan (SDEM), qui possède un bâtiment construit autour d’un système énergétique intelligent (panneaux solaires, stockage batteries, et production d’hydrogène par électrolyse de l’eau) a installé une station-service hydrogène et alimente une voiture à pile à combustible. Le SDEM travaille aussi avec Engie et Michelin, à Vannes, pour produire de l’hydrogène sur place à partir d’énergies renouvelables afin d’alimenter les procédés industriels de l’Usine Michelin. Une étude technico-économique est en cours concernant le département du Morbihan ainsi que la région Bretagne sur le potentiel de l’hydrogène. Plusieurs fondamentaux ont fait dire aux élus que l’hydrogène était peut-être une solution à explorer pour faciliter la transition énergétique du Pays de la Roche aux Fées : une importante capacité éolienne d’ici 2 à 3 ans (4 parcs et 50 MW installés) à même de produire de l’hydrogène vert, des besoins en mobilité décarbonée pour des flottes de véhicules et même pour le train sur la ligne Rennes-Chateaubriant actuellement non électrifiée, des interconnexions possibles entre les réseaux électriques et gaziers via le power to gaz. Cette étude permettra de mieux cerner les scénarios de déploiement envisageables, les potentiels, les macro-modèles économiques et enfin les acteurs à mobiliser en vue de répondre peut-être aux appels à projet hydrogène lancées par l’Ademe en 2019.

L’association Eco Solar Breizh développe actuellement un projet industriel autour d’une voiture électrique urbaine et périurbaine, deux places, autonome en énergie, qui possède des panneaux photovoltaïques, des batteries et une pile à hydrogène, au cas où il n’y aurait pas de soleil pendant 4 jours consécutifs, ce qui n’arrive bien sûr jamais en Bretagne. Enfin, des projets de navires électriques hydrogène sont en cours, les ports bretons discutent de cette opportunité, les îles bretonnes doivent encore mieux réfléchir à leur alimentation en énergie, des transporteurs routiers sont très intéressés par les camions électriques piles à hydrogène, certaines coopératives agricoles commencent à se poser la question de la production d’énergie et d’hydrogène sur site.

Bruno Mansuy est le président de ERH2-Bretagne (Énergies Renouvelables et Hydrogène en Bretagne), et un expert de l’économie de l’hydrogène

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